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Mo Ibrahim

Samedi 14 Avril 2007 à 10:43:13

Trois articles sur Mo Ibrahim, trouvés dans Le Figaro, Libération, et la BBC

 

Le Figaro :

 

 Publié le 26 octobre 2006

Actualisé le 26 octobre 2006 : 08h27

 

Actualité | International

Un prix pour le chef d’Etat africain le plus vertueux*    

                

Mo Ibrahim a créé un fonds de 100 millions de dollars pour investir en Afrique. (AFP/L.Neal)

Un multimillionnaire soudanais a créé un prix annuel de 5 millions de dollars qui récompensera chaque année la bonne gouvernance d'un chef d'Etat africain quittant le pouvoir. Une initiative saluée par Kofi Annan et Bill Clinton.

 

Pour tenter de lutter contre la corruption endémique en Afrique, Mo Ibrahim, un multimillionnaire soudanais a créé jeudi un prix, doté de 5 millions de dollars. Il récompensera à partir, de l'an prochain, les responsables africains qui assureront une bonne gouvernance de leur pays.

 

Le prix sera décerné pour la première fois en 2007 par un jury de 18 chercheurs, en coordination avec les Nations unies et d'autres organismes tels que la Banque mondiale.

 

Il sera accompagné de l'Index Ibrahim pour la gouvernance de l'Afrique, une échelle de notation des pays visant à donner aux Africains des repères sur la qualité et la probité du travail de leurs dirigeants.

 

Pour remporter le prix, les responsables africains devront, tout au long de leur mandat, encourager la lutte contre la corruption mais aussi améliorer les politiques de développement économique, d’éducation et de santé. Ils devront aussi valoriser les droits de l’homme. Les prétendants devront par ailleurs avoir transmis le pouvoir de manière démocratique. Un comité, composé d’universitaires de Harvard, sera alors chargé d’étudier les années de pouvoir des candidats au titre.

 

En plus du prix, le vainqueur percevra une pension annuelle de 200.000 dollars, et ce, jusqu’à sa mort. Par ailleurs, si le chef d’Etat primé entend mener un projet de développement dans son pays, il se verra remettre une enveloppe annuelle de 200.000 euros supplémentaires.

 

«Le plus beau jour de ma vie»

 

« Nous devons en finir avec la corruption et améliorer la gouvernance » en Afrique, a simplement déclaré le multimillionnaire à la BBC, expliquant que sans transparence, les entreprises n’investiraient pas en Afrique. Par ce prix, Mo Ibrahim entend montrer que la « bonne gouvernance peut se mesurer ». « Si un dirigeant africain parvient ainsi à sortir 4 à 5 millions de personnes de la pauvreté, ce sera une réalisation merveilleuse », a-t-il déclaré. L’objectif de Mo Ibrahim est clair : l’autonomie du continent africain. « Le jour où l’Afrique n’aura plus besoin d’aucune aide sera le plus beau jour de ma vie », a-t-il déclaré à la BBC.

 

La démarche a reçu le soutien du secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan et de l’ancien président américain, Bill Clinton. Ce dernier a souhaité que l’initiative « remporte un franc succès ». Kofi Annan a quant à lui salué un « prix généreux ».

 

En 2005, Mo Ibrahim a vendu Celtel, un géant de la téléphonie mobile en Afrique. Depuis, il a mis en place un fonds de 100 millions de dollars exclusivement destiné à investir en Afrique.

 

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BBC Afrique   :

 

Un prix pour promouvoir la bonne gouvernance en Afrique

Un prix d'une valeur de 5 millions de dollars vient d'être créé à Londres, à l'initiative de l'un des hommes d'affaires les plus en vue du continent. Mo Ibrahim, ressortissant soudanais né en Egypte, a pour ambition d'évaluer, sur une base annuelle, la bonne gouvernance dans les cinquante-trois pays du continent et de récompenser les meilleurs gestionnaires.

L'initiative vise à octroyer aux dirigeants africains un prix d'une valeur de 5 millions de dollars - soit environ 2,7 milliards de Francs CFA - sur dix ans, après leur retrait de la vie politique.

Chaque élu primé percevra également, à l'issue des dix ans et jusqu'à sa mort, une pension annuelle de retraite de 200000 dollars.

Le vainqueur bénéficiera enfin, tous les ans, d'un financement à hauteur de 200000 dollars pour un projet de développement de son choix dans son pays.

"Nous devons enrayer la corruption et promouvoir la bonne gouvernance", a indiqué Mo Ibrahim, pour qui cela devrait permettre au continent de se passer de l'aide internationale.

Si ceux qui sont au pouvoir ne veulent pas s'en détacher, vous pouvez leur donner des milliards, ils ne s'en détacheront pas

 

Garga Aman Adji, ancien ministre camerounais de la Fonction publique

 

"Pas de vie après le pouvoir"

L'homme d'affaires soudanais, qui a vendu l'année dernière, sa compagnie de téléphonie mobile panafricaine Cel Tel à MTC, a ajouté que le jour où l'Afrique n'aura plus besoin d'aide sera le jour le plus heureux de sa vie.

Le Prix Mo Ibrahim pour la bonne gouvernance en Afrique a été lancé jeudi à Londres.

Il sera décerné pour la première fois en 2007 par un jury de 18 chercheurs, en coordination avec les Nations unies et d'autres organismes tels que la Banque mondiale.

Il récompensera les chefs d'Etat africains qui se seront illustrés dans les domaines de la sécurité, de la santé, de l'éducation et du développement économique.

Dans une interview publiée par le quotidien britannique "Financial Times", Mo Ibrahim, âgé de 60ans, a déclaré que "les chefs d'Etat africains n'ont pas de vie après le pouvoir."

"Soudain, tous les avantages, châteaux, voitures, vins, dîners, leur sont retirés. Certains ont du mal à louer une maison dans la capitale. Cela incite à la corruption ; cela incite à s'accrocher au pouvoir."

"Ce prix offrira aux personnes de bonne volonté, susceptibles d'être tentées par la volonté de s'accrocher au pouvoir, la chance d'opter pour une vie aisée après le pouvoir", a déclaré Mo Ibrahim.

Soutien

Le prix Mo Ibrahim devrait être le plus richement doté du monde, d'une valeur excédant les 700 millions de Francs CFA offerts par le Prix Nobel de la Paix.

Ne devraient être candidats que les chefs d'Etat qui auront transmis le pouvoir à leur successeur par voie démocratique.

Il reviendra à l'Université de Havard d'évaluer la contribution des chefs d'Etat au bien-être de leurs concitoyens, au cours de leur mandat.

L'initiative est soutenue, entre autres, par l'ancien président sud-africain Nelson Mandela, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, et l'ancien président américain Bill Clinton.

Nelson Mandela l'a citée comme un exemple pour le reste du monde.

Quant à Bill Clinton, il a souhaité plein succès à Mo Ibrahim et à sa fondation.

Critiques

Pour sa part, Kofi Annan a remercié l'homme d'affaires soudanais d'avoir créé un prix aussi généreux pour encourager les hommes politiques africains à mieux servir leurs peuples.

Mais l'initiative de Mo Ibrahim ne fait pas l'unanimité.

Dans une interview à BBC Afrique, Garga Aman Adji, ancien ministre camerounais de la Fonction publique et directeur de l'ONG "Bonne conscience", affirme ainsi que pour ce qui est des objectifs affichés - la lutte contre la corruption -, il n'est pas évident qu'ils soient atteints.

Selon Garga Aman Adji, "la disposition à accepter des pots-de-vin ou à les refuser est une question de conviction personnelle, qui n'a rien à voir avec la richesse."

L'ancien responsable camerounais fait en outre état d'une "crise de la conception du pouvoir."

"Si ceux qui sont au pouvoir ne veulent pas s'en détacher, vous pouvez leur donner des milliards, ils ne s'en détacheront pas", a-t-il déclaré.

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Dans Libération,  11 avril 2007 :

Portraits

 

Mo Ibrahim, 61 ans. Homme d'affaires soudano-britannique enrichi grâce aux télécoms, il enjoint les dirigeants du continent à s'atteler à la tâche plutôt que d'accabler l'Occident.

Afrique, assez !

 

Le président du Soudan, Omar el-Béchir, vient d'achever son intervention face à ses pairs africains et à Jacques Chirac, l'hôte du sommet Afrique-France organisé à Cannes en février. Rien que du traditionnel. Accusé en Occident d'être l'un des principaux responsables de la tragédie au Darfour, dans l'ouest de son pays, où une guerre fratricide a fait plus de 200 000 morts en quatre ans, le dirigeant de Khartoum a reproché aux médias étrangers d' «aggraver la crise» en donnant une «image déséquilibrée» du conflit. Le roi du Swaziland et l'inamovible président du Cameroun, Paul Biya, ont difficilement réprimé un bâillement... Quand tout à coup, un petit homme dégarni au regard malicieux prend la parole : «Vous vous plaignez de l'image que les médias occidentaux donnent de votre pays ? Vous feriez mieux de balayer devant votre porte.» Stupeur. «La mortalité infantile élevée, le sida, l'analphabétisme, ce sont peut-être des inventions de l'Occident ?» En trois phrases, Mohammed Ibrahim s'est fait de nouveaux amis pour la vie. Il n'en a cure. Mo, comme il aime à se faire appeler, n'est pas un fin politique et n'a pas l'intention, à 61 ans, d'entrer dans la carrière. Né dans le nord du Soudan, à la frontière avec l'Egypte, dans une famille modeste, formé à Alexandrie et résident britannique depuis une trentaine d'années, c'est un businessman qui a fait fortune dans la téléphonie mobile. Il ne doit rien à personne.

Après des études d'ingénieur et un long passage par British Telecom, «docteur Mo» a fondé sa propre entreprise en 1989, avant de se lancer dans la conquête des marchés africains jusque-là délaissés. Bingo ! Le Soudano-Britannique a compris avant tout le monde que les Africains, même pauvres, s'équiperaient en mobiles, ne serait-ce que pour pallier la déficience des réseaux terrestres. En 2005, il revend à des investisseurs koweitiens Celtel, entreprise devenue florissante qui a essaimé dans une quinzaine de pays. Et empoche au passage 3,4 milliards de dollars. De quoi voir venir.

Mais justement, Mo n'a pas voulu voir venir. Au lieu de profiter de son hôtel particulier du quartier huppé de Mayfair, au coeur de Londres, cet ancien étudiant marxiste, inscrit dans sa jeunesse au Parti communiste, a eu une drôle d'idée. Il s'est mis en tête de promouvoir la bonne gouvernance en Afrique. Quand on lui demande comment l'idée lui a traversé l'esprit, l'homme d'affaires demeure étonnamment vague : «J'ai vu combien il était difficile d'investir et de faire du business en Afrique.» Il se garde bien de lâcher les mots qui fâchent : corruption, dessous-de-table, autant d'écueils qu'il n'a peut-être pas pu, ou su, toujours éviter... Il préfère enchaîner : «Au moment des indépendances [début des années 60, ndlr], certains pays africains étaient plus riches que Taiwan ou Singapour, constate-t-il. Aujourd'hui, où en sommes-nous ?» Réponse : 2 %. C'est ce que pèse l'Afrique dans le commerce mondial. Alors que les autres continents connaissent une expansion économique rapide, seule l'Afrique régresse. En bourrant sa pipe, ce musulman non pratiquant, qui ne dédaigne pas un bon verre de vin, assène dans son anglais mâtiné d'accent soudanais : «Cela ne sert à rien de déverser des milliards de dollars d'aide à l'Afrique. Ce qu'il nous faut, ce sont de bons dirigeants !» 

«Nous ?» Ibrahim Mo a beau avoir obtenu la nationalité britannique et vivre à Londres depuis 1990, il se définit toujours comme un «Africain, citoyen britannique d'origine soudanaise». Il entretient toutefois des rapports compliqués avec son ex-patrie, où il ne met plus les pieds depuis belle lurette, contrairement à son épouse, soudanaise elle aussi et engagée dans des projets caritatifs. L'«échange» cannois avec le président El-Béchir ne devrait pas arranger les choses...

Si le massacre du Darfour est loin de le laisser indifférent, il se montre prudent dans ses analyses : «Ce n'est pas une guerre entre Arabes et Noirs , mais un vieux conflit entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires qui a été instrumentalisé.» Alors que la mobilisation des intellectuels grandit dans les pays occidentaux et que les gouvernements tentent de faire pression sur Khartoum, Mo ne se fait guère d'illusions : «Certains aux Etats-Unis parlent d'un génocide, mais qui, en Occident, est prêt à mourir pour le Darfour ?» 

Pour l'heure, Mo est engagé dans un autre combat. Il veut en finir avec ces présidents qui ont transformé leur village en capitale monumentale (tel l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny à Yamoussoukro) ou bâti un «aéroport international» à proximité de leur lieu de naissance (le Togolais Gnassingbé Eyadéma à Kara). En octobre dernier, il a lancé, à Londres, la Fondation Mo Ibrahim, soutenue par un aréopage de figures prestigieuses de la scène internationale : Bill Clinton, Nelson Mandela, Kofi Annan... «Que des has been», sourit-il. D'ici la fin de l'année, celle-ci doit décerner le prix de la Bonne Gouvernance en Afrique, doté de 5 millions de dollars. Le milliardaire a aussi demandé à un universitaire de Harvard, Robert Rotberg, d'élaborer un index de la bonne gouvernance fondé sur des critères tels que la santé, l'éducation, la lutte contre la corruption. En bon homme d'affaires, il veut du solide : des chiffres.

L'initiative du bon docteur Mo suscite des sarcasmes chez certains experts de l'Afrique : 5 millions de dollars pour inciter à la vertu des dirigeants corrompus, dont les coffres à l'étranger sont bien plus garnis ? D'autres se demandent pourquoi le businessman a décidé de récompenser exclusivement les dirigeants à la retraite. «Récompenser un politicien en activité serait trop dangereux, rétorque-t-il, on ne sait jamais ce qu'il va faire le lendemain.» Mo balaie toutes ces critiques en expliquant qu'il cherche avant tout à «susciter un débat à l'échelle du continent sur la bonne gouvernance». Il ne détesterait pas voir les opinions publiques africaines s'emparer de son index pour demander des comptes à leurs dirigeants. Mais pas question, officiellement, de faire de la politique. «C'est aux sociétés civiles de prendre leur destin en main.» 

Il y croit. L'ancien ingénieur des télécoms récuse aussi bien les récriminations convenues du Sud contre l'Occident éternellement «négrier» et «colonial» que l'afropessimisme à la mode au Nord. «L'Afrique, ce n'est pas seulement le sida et les guerres civiles, c'est aussi une énergie incroyable. Même les jeunes qui embarquent au Sénégal pour tenter de rejoindre l'Europe se battent, d'une certaine manière, pour un avenir meilleur.» Il n'a pas pris le temps de voir le Dernier Roi d'Ecosse , où Forest Whitaker, oscarisé, campe un Idi Amin Dada saisissant. «L'Afrique a certes produit Idi Amin ou Mobutu, mais aussi Nelson Mandela, commente-t-il. Vous, vous avez eu Hitler et, plus récemment, Milosevic.» A quand le prix de la Bonne Gouvernance pour l'Europe ?

photo Michael Grieve

Mo Ibrahim en 7 dates 1946 Naissance dans le nord du Soudan. 1974 S'installe à Londres. 1990 Devient citoyen britannique. 1998 Fonde la société de téléphonie mobile Celnet. 2005 Vend sa société et empoche 3,4 milliards de dollars (2,6 milliards d'euros). 2006 Lance à Londres la Fondation Mo Ibrahim. Février 2007 Participe au sommet Afrique-France à Cannes.

 


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